dimanche 12 avril 2026

Dites-moi...

 



... ne trouvez-vous pas qu'il devient difficile de s'exprimer et de ne pas subir des critiques plus ou moins agressives lorsque l'on émet un avis qui ne va pas complètement dans la tendance écologique au jardin ?


Je m'explique : le week-end passé, un ami partageait une photo de sa pelouse qu'il n'avait pas encore tondue cette saison, remplie de pâquerettes et de pissenlits. Pas de problème pour moi, chacun fait comme il le sent.

Là où cela m'énerve un peu, c'est quand je lis les commentaires sous sa publication qui invectivent ceux qui, comme moi, préfèrent une pelouse bien tondue dès le début du printemps.

En voici quelques-uns :

Une dame ose "Les pâquerettes tuent une pelouse en peu de temps. Elles s'installent de partout." Et là... on lui rétorque :

- n'importe quoi 😠 vous devez ne pas aimer la nature 😠des fleurs , vous savez ce qu'est une fleur ?on doit pas vous en offrir souvent !

- ouiiiiiiii bien sûr 🙄 rien de tel qu'un beau gazon tout vert tondue à 3 centimètres enrichie en engrais chimiques et sans aucune biodiversité 🤔 ça laisse réflexion...un jour vous verrez c'est pas votre beau gazon qui va vous nourrir...

- Vous avez raison. Les pelouses bien tondues ne laissent aucune chance aux insectes.

Une autre tente "Quand on a visité la maison le gazon était normal, on a emménagé en septembre, pas de tondeuse tout de suite, depuis le printemps d'après, des pâquerettes pas grave mais surtout des pissenlits des vrais et des à vache, des grosses salades au sol, des hauteurs bien plus hautes que le reste, c'est moche, c'est pas un tapis végétal c'est une jungle. L'herbe se rarefie, et maintenant que des mauvaises herbes, il faudrait refaire le gazon. Cette hauteur pour jouer au foot, marcher dans son jardin c'est pas top et en plus les pissenlits finissent par aller dans mon potager, mes framboisiers, bref une horreur ce pissenlit. Et quand je vois les pâquerettes, les pissenlits sont jamais loin"

- ce à quoi, une dame compréhensive répond : sans compter que les tiques s'installent avec plaisir dans les herbes hautes et attendent le passage des animaux

- c'est magnlfique les pâquerettes ! A mort la pelouse,ce désert biologique

- Une pelouse de paquerettes vaut mille fois plus qu'une pelouse stérile , fadasse

Eh oui, on en est là... Certains même se sentant tellement coupables tentent de se justifier comme ils peuvent :

- mon fils a tondu 2 fois mais il y a une petite surface. Et comme je marche mal j'ai peur de glisser pour aller étendre mon linge, sinon il y a des paquerettes


Et puis, il y a aussi les commentaires gentils mais qui vous font croire que la biodiversité n'existe que dans la pelouse :

- Pas encore tondu chez nous pour la biodiversité et notre jardin est refuge L.P.O !

Une personne dit qu'elle supprime quand même quelques pissenlits car ils sont un peu trop "volontaires". D'autres lui recommandent plutôt d'en faire de la salade ! Je me souviens qu'un jour, alors que j'essayais de prévenir mes lecteurs de la dangerosité de laisser s'introduire l'égopode au jardin, quelqu'un m'avait conseillé la même chose. Je lui aurais bien envoyé une petite touffe pour qu'elle essaye dans son propre jardin mais je ne suis pas machiavélique à ce point.


Je vais maintenant vous dire ce que je pense et ce que je fais :

On entend beaucoup de discours ces derniers temps qui tendent à culpabiliser les jardiniers, comme si le simple fait de tondre sa pelouse au printemps relevait presque d’une faute écologique. Cette vision, que je trouve parfois un peu excessive, mérite d’être nuancée.

 

Je ne suis pas maniaque pour autant. Un pissenlit de temps en temps ne me choque absolument pas. Mais si j’ai le temps, je préfère l’éliminer pour éviter qu’il ne se ressème et n’envahisse tout. Il en va de même pour les pâquerettes : charmantes au départ, certes, mais rapidement envahissantes si on les laisse s’installer sans contrôle.





J’assume aussi aimer une pelouse bien tondue. Pour moi, c’est un peu comme une nappe bien repassée : elle met en valeur l’ensemble, elle structure, elle apporte une forme d’élégance au jardin. Ce plaisir esthétique n’est pas incompatible avec une démarche respectueuse du vivant.






Car la biodiversité ne se résume pas à une pelouse laissée à l’abandon. Elle peut – et doit – se penser à l’échelle de tout le jardin. Massifs fleuris, vivaces mellifères, arbustes, zones plus libres… il existe mille façons d’accueillir et de nourrir les insectes butineurs sans pour autant renoncer à un jardin entretenu.

 







Ce jeudi encore, malgré qu'elle n'était pas très haute, j'ai de nouveau tondu 
aussi parce que c'est plus facile surtout avec une tondeuse à batteries
bien moins puissante qu'une électrique ou à essence.



J'y suis retournée l'après-midi et les boutons non coupés des pâquerettes
étaient déjà ouverts, libres d'être butinés à nouveau.


Au fond, il ne s’agit pas d’opposer ordre et nature, mais de trouver un équilibre. Un jardin peut être à la fois soigné, réfléchi, et généreux pour la biodiversité. Et c’est peut-être là que réside le vrai plaisir de jardiner.