mercredi 5 août 2026

Monty for ever !

Avant-hier, j'étais en grande conversation avec Fred sur Facebook au sujet de l'arrosage au jardin. Ben oui, les gens ne parlent plus que de ça. Je ne pensais pas devoir y revenir encore mais il y a quelques petites mises au point que je voudrais faire et partager avec vous des conseils très avisés.

Je répondais sur cette conversation que planter serré (vous qui me suivez depuis longtemps, vous savez comment c'est chez moi et encore plus si vous êtes passés par la Roseraie) ne suffit pas (même en le répétant jour après jour). Arroser encore et encore est la seule solution à moins que vous n’ayez des restrictions et alors là, je pourrais comprendre.

Selon Fred, dans certaines conditions, un jardin peut se passer d'arrosage. Bullshit !!! Plutôt que de m'égosiller une fois de plus ou plutôt d'user mes beaux ongles (lol) sur le clavier, je vais vous partager la dernière émission de mon gourou à moi. Avec Monty Don, pas de promesse de jardin de feignant. Monty serait, je pense d'accord avec mon credo (no pain no gain).

J'ai remarqué que pour ce qui est du jardinage, il existe effectivement une différence culturelle assez marquée entre le Royaume-Uni et la France, même si elle n'est pas absolue.

Au Royaume-Uni, l'idéal du jardin reste très souvent celui d'un jardin intensément planté, luxuriant, avec des floraisons successives et une certaine générosité végétale. Les jardiniers britanniques acceptent généralement que cela demande du travail : arrosage ponctuel, tuteurage, taille, désherbage... Le jardin est davantage considéré comme un loisir que comme quelque chose qui doit fonctionner tout seul.

En France, surtout depuis une quinzaine d'années, plusieurs facteurs ont favorisé un autre discours : les sécheresses répétées, les restrictions d'eau, la promotion du "jardin écologique" ou du "jardin résilient".

On voit donc fleurir des slogans comme "jardin sans arrosage", "jardin zéro entretien", "planter puis oublier", "vivaces qui se débrouillent toutes seules". On en a déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog et vous savez ce que j'en pense.

Ces promesses sont beaucoup plus présentes dans la presse et les livres français que britanniques.

Les raisons sont certes climatiques. Une grande partie de l'Angleterre reçoit des pluies estivales plus régulières que le nord ou le centre de la France. Même si le sud-est anglais connaît désormais des sécheresses plus fréquentes, le climat reste généralement moins contraignant pour beaucoup de vivaces. Mais pour moi, ça reste plus de l'ordre du culturel.

Enfin, les Britanniques semblent souvent avoir une approche plus pragmatique. Ils parlent volontiers de plantes "drought tolerant" (tolérantes à la sécheresse), mais beaucoup plus rarement de jardins sans arrosage. Ils savent qu'un phlox, un delphinium ou une grande mixed border donnera un meilleur résultat avec quelques arrosages pendant les périodes sèches. Ils ne présentent pas cela comme un échec.

Je n'ai d'ailleurs même jamais entendu un jardinier anglais qui se vantait de laisser ses plantes se débrouiller toutes seules (il n'y a que dans nos pays qu'on entend ces conneries !).

On trouve beaucoup d'articles dans les magazines de jardinage anglais sur la gestion de l'eau, le paillage, le choix des plantes adaptées, mais très peu sur le fantasme du jardin où l'on ne ferait plus rien.

En France, le discours "moins d'entretien = meilleur jardin" est devenu très influent. Au Royaume-Uni, on valorise davantage la beauté du jardin, même si elle demande du temps. L'entretien est considéré comme faisant partie du plaisir du jardinage.

C'est probablement aussi pour cette raison que des jardiniers comme Beth Chatto ou Christopher Lloyd ont toujours insisté sur le bon choix des plantes selon le lieu, plutôt que sur la promesse d'un jardin "sans entretien". Leur message était davantage : la bonne plante au bon endroit réduit le travail, pas supprime complètement le travail.

Bon assez débattu, je propose de vous donner le lien vers le dernier Gardener's World. Malheureusement, pas mal de mes lecteurs n'ont pas la chance de maîtriser la langue de Shakespeare. Je n'ai pas le temps de tout vous traduire, juste les passages que je trouve intéressants.




Tout d'abord à 3:10. Monty arrache ses Papaver somniferum après les avoir bien secoués afin qu'ils se ressèment l'an prochain. Il se retrouve avec un "trou" qu'il va combler avec des plantes en fleurs, disponibles en ce moment en jardinerie (heleniums, kniphofias, crocosmias). Elles ne s'étofferont pas comme l'an prochain mais elles apporteront de la couleur pendant un mois. Je voudrais attirer surtout votre attention à partir de 4:55 où on le voit creuser la terre :

Whatever you plant this time of the year, even the weather turns wet, give it a really good soak because the soil is bone dry. If you have a hose pipe ban, obviously you can't do that. But if you can keep them watered, it's a really good way of adding life and vitality and colour for the border for the rest of the flowering season.

Quoi que vous plantiez à cette période de l'année, même si le temps redevient humide, arrosez abondamment au moment de la plantation, car le sol est desséché en profondeur. Évidemment, si un arrêté interdit l'utilisation du tuyau d'arrosage, vous ne pourrez pas le faire. Mais si vous pouvez maintenir vos plantations bien arrosées, c'est un excellent moyen d'apporter de la vie, de la vigueur et de la couleur aux massifs pour le reste de la saison de floraison.




Vous avez remarqué la facilité avec laquelle il creuse à cette période de l'année même s'il dit que le sol est "bone dry" j'adore cette expression "sec comme de l'os") ? Pourquoi à votre avis ? Parce qu'il arrose et pas qu'un peu. Je lis souvent chez des amis qu'ils excluent de planter maintenant car leur terre "est dure comme du béton" ou encore que "le sol est craquelé". C'est simplement parce qu'ils n'arrosent pas en suffisance. Et quand je dis en suffisance, vous comprendrez avec Monty (ça passera peut-être mieux que quand c'est moi qui le dis) en fin d'émission.

On a ensuite droit à un magnifique reportage d'Adam Frost sur Barnsdale, jardin mythique du très regretté Geoff Hamilton qui nous a quittés il y a tout juste 30 ans. Les gens de mon âge qui le suivaient religieusement tous les vendredis à 21:00 ressentiront certainement comme moi beaucoup d'émotion.





Vient ensuite un reportage sur les glaïeuls. Je suis toujours amusée de voir des jardiniers qui se spécialisent dans une seule famille de plantes et d'en faire une obsession.

A la fin, Monty a dit une phrase dont j'ai savouré chaque mot :

  "The gladioli don't quick reach deep into my soul. But a lovely bearded iris goes right into the heart".

  « Les glaïeuls ne trouvent jamais vraiment le chemin de mon âme. En revanche, un bel iris barbu me touche droit au cœur. »

Je pourrais aussi vous expliquer le reportage intéressant sur les iris mais imaginez déjà le temps que m'aura pris ce post...
On va plutôt aller directement à la fin de la vidéo et en venir là où je voulais vous emmener (57:00) :






Watering has been the main theme of my garden and I guess most of your gardens all this summer. Plenty of you are under a hose pipe ban. Luckily, we're not, but who knows, it may come. But if you have access to water, do use it carefully and wisely.
First of all, water the soil not the plant.
Never use a sprinkler.
Never use a spray because all that will do is wet the foliage which will evaporate, won't reach the soil, the plant won' get any benefit from it at all.
So, you want the water to go as deep as possible and then the plant will go and find the water. Now, the deeper it is in the ground when it finds the water, the healthier it will be. So if you water, water LONG !
And better than do do that once a week, just give a little bit of a water every other day.

L'arrosage a été le principal sujet de préoccupation dans mon jardin tout au long de l'été, et j'imagine qu'il en est de même dans le vôtre. Beaucoup d'entre vous sont soumis à des restrictions interdisant l'utilisation du tuyau d'arrosage. Heureusement, ce n'est pas encore notre cas, mais cela pourrait bien arriver. Si vous avez la possibilité d'arroser, faites-le avec discernement et parcimonie.
Tout d'abord, arrosez le sol, pas la plante.
N'utilisez jamais d'arroseur oscillant ou rotatif.
Évitez également les jets en pluie fine ou les pulvérisateurs : ils ne font que mouiller le feuillage. L'eau s'évapore rapidement, atteint à peine le sol et la plante n'en tire pratiquement aucun bénéfice.
L'objectif est que l'eau pénètre le plus profondément possible dans le sol. Les racines iront alors la chercher. Et plus elles devront descendre en profondeur pour y accéder, plus la plante développera un système racinaire robuste et sera résistante.
Si vous arrosez, arrosez longtemps ! Mieux vaut un arrosage copieux une fois par semaine qu'un léger apport d'eau tous les deux jours.




Ceci dit, mon cher Monty, en ces temps troublés par un dérèglement climatique insensé, arroser une fois par semaine n'est pas suffisant ! Chez moi, je vois la différence entre devant en front de rue où je n'arrose qu'une fois copieusement par semaine. La terre commence à craqueler là où c'est très argileux.
Tandis que dans l'enceinte intérieure du jardin, je n'ai pas ce problème car j'arrose deux à trois fois (plutôt trois) par semaine. Pareil à la Roseraie : je divise la superficie en trois parties et donc j'arrose minimum chaque espace deux fois par semaine. Exception pour mes Persicaria orientalis, mes dahlias, mes nouveaux phlox, la longue bordure d'alchemilles récemment taillée que j'arrose tous les jours. Un travail de fou mais ça paie ! Vous verrez ça dans les prochaines semaines.


3 commentaires:

  1. Bonjour Isabelle,
    Ce que Monty dit,et toi aussi depuis des lustres, provient de gens qui connaissent la terre pour y mettre les mains . " Le bon sens paysan", dans tout ce qu'il y a de noble, face aux jardiniers qui croient s'y connaître.
    Je suis 100% d'accord avec tout ce que tu as écris.
    Le jardinage est comme un sport : celui qu'on pratique devant la télévision et celui que l'on fait régulièrement. Il y a,en plus, les amateurs (pas sérieux) et ceux qui sont professionnels.
    C'est un autre monde...
    Bonne journée et courage pour l'arrosage, je vais y aller aussi

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  2. Je suis à 100 % d’accord avec Monty et toi.
    À partir du moment où l’on se lance dans le jardinage, il faut en accepter les bons côtés comme les contraintes, notamment l’arrosage en période de sécheresse, surtout avec les perspectives liées au réchauffement climatique.
    Quand des amis viennent à la maison, ils me disent tous : « Ça doit être un boulot de fou, ton jardin ! » J’ai toujours du mal à comprendre cette remarque, car pour moi, le jardinage, c’est avant tout prendre soin du vivant : travailler la terre, chouchouter les plantes, les nourrir, les arroser… et profiter ensuite de la récompense. Presque tous ont un jardin, mais bien peu donnent de l’engrais à leurs plantes, utilisent du compost pour enrichir leur terre ou arrosent régulièrement quand c’est nécessaire.
    Une plante est un organisme vivant, et dès qu’elle entre dans mon jardin, je considère qu’il est de ma responsabilité d’en prendre soin.
    Petite astuce : mon anglais n’étant pas extraordinaire, j’active les sous-titres en français sur YouTube (en cliquant sur la petite roue dentée) afin de ne rater aucun des précieux conseils de Monty… 🤗

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  3. Bonjour Isabelle,
    Ici les potées sont arrosées tous les 2-3 jours depuis juin, et les endroits où j’ai mis quelques annuelles, + les dalhias, également,
    avec engrais de temps en temps
    Le reste (les talus accueillant des massifs) : 1x/semaine -eau de ville le soir toujours
    Le potager : arrosage automatique sur tomates courgettes haricots - eau de ville , le reste (courges concombres etc ) j’ai fabriqué des oyas mis un peu partout -eau de citerne
    et ce qui n’a pas d’oyas :
    arrosages tous les 2 jours- eau de la citerne
    ça tient comme ça
    Mais on va installer à l’automne une autre citerne de 1m3 pour récupérer les eaux de pluie de la serre
    et une autre au fond du jardin car toutes les pluviales du toit vont au ruisseau et je trouve cela franchement dommage !
    J’ai bcp de chance car :
    -Ma facture d’eau n’a pas vraiment bougé ces dernières années
    -j’habite un bord de torrent de montagne très frais entouré de bois, et ma terre est argilo-limoneuse : l’idéal !!

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