dimanche 31 mai 2026

Dites-moi...

 




... Cela vous dérange-t-il de voir passer des publications qui ne sont pas ou plus de saison ?
Parvenez-vous à vous projeter dans les mois à venir pour jardiner ?
Achetez-vous des plantes “à contretemps”, simplement parce que vous savez qu’elles seront magnifiques plus tard ?


Il y a quelques jours, j’ai publié plusieurs articles sur les tulipes. J’y présentais des variétés qui m’ont particulièrement marqué cette année, des associations réussies, des idées pour renouveler certaines scènes du jardin… Et j’ai bien vu que cela suscitait relativement peu d’intérêt. En mai, beaucoup ont déjà tourné la page des bulbes. Les tulipes sont fanées, les rosiers démarrent, les vivaces prennent le relais. On a envie de parler du présent, de ce qui fleurit sous nos yeux.




Et pourtant… c’est précisément maintenant qu’il faut réfléchir à ses commandes d’automne.

J’ai moi-même déjà envoyé la mienne chez Peter Nyssen, simplement parce que je sais par expérience que les plus belles variétés partent vite. Attendre septembre, c’est souvent devoir remplacer ses coups de cœur par “ce qu’il reste”. Or, un jardin ne se construit pas dans l’instant. Il se prépare des mois à l’avance.




Cela m’a rappelé une autre expérience récente.

Comme je le fais deux fois par an au profit de la Roseraie, j’ai proposé aux gens du coin une petite vente de vivaces à 2 € pièce. Parmi elles, il y avait beaucoup d’asters que j’avais divisés l’automne dernier. De très beaux asters, robustes, généreux, déjà bien enracinés. Et ils ont eu très peu de succès.



En mai, on ne pense pas aux asters, voyons !!!

C’est presque amusant, parce qu’en septembre prochain, beaucoup chercheront justement des plantes capables d’apporter de la couleur en fin de saison. Beaucoup regretteront les massifs qui s’éteignent trop tôt, les scènes devenues un peu tristes dès la fin août. Mais au printemps, quand les asters sont de simples touffes vertes sans grand attrait, ils deviennent invisibles aux yeux de nombreux jardiniers.

Et c’est peut-être là une des plus grandes difficultés du jardinage : parvenir à se projeter dans le temps.

Jardiner, ce n’est pas seulement aimer les fleurs. C’est accepter de vivre en permanence dans plusieurs saisons à la fois. Quand nous plantons des tulipes, nous pensons au printemps suivant. Quand nous divisons des asters, nous imaginons l’automne à venir. Quand nous installons de jeunes arbustes, nous rêvons déjà à ce qu’ils deviendront dans cinq ans.

Le jardinier doit d’ailleurs toujours avoir quelque part dans un coin de sa tête une sorte de calendrier invisible des tâches à effectuer. Penser à semer les cobées bien au chaud dès janvier. Ne pas oublier les semis de bisannuelles entre la fin mai et la mi-juin. Prévoir le bon moment pour bouturer, diviser, repiquer ou déplacer certaines plantes avant qu’il ne soit trop tard.

Bien sûr, aujourd’hui, toutes ces informations se trouvent facilement dans les bons livres ou sur les bons sites spécialisés. Mais avec le temps, ce calendrier devient aussi profondément personnel. Il se construit grâce aux expériences accumulées au fil des années.

Par exemple, je sais désormais que si je mets en place mes digitales en septembre, les touffes auront largement le temps de grossir avant l’hiver. Elles seront plus solides, plus enracinées, et surtout beaucoup plus florifères au printemps suivant. Si j’attends novembre pour les planter, le résultat ne sera jamais aussi spectaculaire. Ce sont de petits détails que l’on apprend parfois après plusieurs essais… et quelques déceptions.

Le jardin finit ainsi par nous apprendre son propre rythme.

Et ce rythme va souvent à contre-courant de notre manière moderne de vivre. Nous vivons dans une époque de l’immédiateté. Nous voulons voir tout, tout de suite. Acheter une plante en fleurs est rassurant : on sait ce qu’on emporte. Acheter en mai un godet qui ne fleurira qu’en septembre demande davantage d’imagination.

Et pourtant, les meilleurs jardins sont souvent ceux qui ont été pensés avec plusieurs mois — voire plusieurs années — d’avance.

Je crois aussi que les réseaux sociaux accentuent encore ce phénomène. Nous sommes bombardés d’images de jardins à leur apogée. Des pivoines magnifiques en mai. Des roses sublimes en juin. Des dahlias spectaculaires en septembre. Chaque saison chasse la précédente à toute vitesse. Dès qu’une floraison est terminée, elle semble appartenir au passé.

Alors voir passer un article sur les tulipes au moment où les rosiers commencent à fleurir peut presque paraître “hors sujet”.

Mais le jardin, lui, ne fonctionne pas comme un fil d’actualité.

Les saisons du jardinier se chevauchent sans cesse. Pendant qu’une plante s’épanouit, une autre se prépare déjà en silence. Le vrai plaisir du jardinage réside peut-être justement dans cette capacité à penser le temps autrement.

Je remarque souvent que les jardiniers les plus expérimentés achètent rarement uniquement avec les yeux. Ils achètent avec la mémoire… et avec l’anticipation.

Ils se souviennent des trous dans les massifs. Des périodes creuses. Des associations ratées. Des couleurs qui manquaient en octobre. Des scènes magnifiques aperçues ailleurs et qu’ils aimeraient recréer.

Alors, au printemps, ils achètent des asters. En été, ils commandent des bulbes. En hiver, ils pensent aux annuelles. Et toute l’année, ils imaginent déjà la saison suivante.

C’est d’ailleurs ce qui rend le jardinage si passionnant : on n’a jamais vraiment terminé. Chaque saison prépare la suivante. Chaque erreur devient une réflexion pour demain. Chaque réussite donne envie d’aller plus loin.

Je me demande parfois si apprendre à jardiner, ce n’est pas surtout apprendre à regarder au-delà du moment présent.

Accepter qu’une petite touffe verte sans intérêt apparent puisse devenir splendide quelques mois plus tard.
Comprendre qu’un simple sachet de bulbes contient déjà un printemps entier.
Faire confiance au temps.


12 commentaires:

  1. Bonjour Isabelle,

    Créer un jardin demande de l'imagination et du savoir sans compter le temps d'acquérir l'expérience. Et tout le monde n'y met pas autant de coeur et d'ardeur que toi. Tu nous permets d'accélérer le temps en partageant ton expérience. De plus, ce n'est qu'un des hobbies pour certains et chacun pratique son hobby avec plus ou moins de ferveur.
    Quand à moi, je fais une pause (récupération de stress et voyage en Angleterre bientôt). Après, je penserai aux tulipes mais j'ai déjà en tête une association que je veux refaire. Je laisse toutefois une petite place pour un coup de coeur/folie en août. Pour l'automne, les asters sont en place. Je zappe l'hiver dans mon petit jardin car pas assez de place et puis la météo ne m'engage pas à aller dehors.
    Mais tout est pensé car j'ai beaucoup appris de toi et oui quand je plante un arbuste, je l'imagine adulte pour qu'il ait la place de se développer. Actuellement, je (re)pense à modifier certaines choses en fonction du changement de climat afin de diminuer l'arrosage et de faire en sorte que le jardin reste un plaisir et ne devienne pas une corvée (avec l'âge)
    J'essaie de penser couleur, hauteur et date de floraison quand j'achète mais la place se raréfiant , je ne peux plus envisager grand chose.
    Merci (!) l'orage d'hier pour faire la place aux annuelles: as-tu beaucoup de dégâts? je ne peux pas me plaindre sauf pour les pots et encore.
    Bon dimanche et bon courage pour tout remettre sur pied

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  2. Quand on fait des semis, forcément on se projette dans le temps, on anticipe le moment du repiquage, celui de la plantation, puis celui de l'admiration. Ici, je ne plante pas les vivaces en septembre, dès la fin du mois il gèle. Si je ne m'attarde pas sur les posts au sujet des tulipes et dahlias, c'est que ce sont des cultures impossibles ici, à part en pot, à cause des rongeurs qui s'en régalent. Par contre, je recherche souvent des publications qui datent d'un mois ou plus, parce que c'est le décalage que j'observe dans ma montagne. Je tiens un journal du jardin assez précis, c'est une aide pour rectifier dans le futur ce qui n'a pas trop réussi. Je suis tout à fait d'accord avec toi, l'anticipation est importante, la mémoire de ce qui a fonctionné les années précédentes aussi, et imaginer de nouvelles scènes me procure toujours une vive satisfaction! Bon dimanche à vous!

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  3. Je vends, moi aussi, des plantes devant chez moi. Les gens mettent l'argent dans la boite aux lettres.
    Je remarque que les plantes fleuries partent tout de suite alors que celles qui fleuriront plus tard ne trouvent pas beaucoup d'amateurs.
    L'année dernière, j'ai acheté, suivant ton conseil, des bulbes de lys. La plupart n'ont pas poussé, mais les voilà maintenant en masse. Le plaisir a donc été poussé de quelques mois. Bon, là, je m'attaque aux criocères depuis un moment.
    Allez, j'y vais. C'est la procession à Mons aujourd'hui.
    J'espère que tu n'as pas eu de dégâts avec l'orage. Mon fils m'a montré des grêles de 2 cm. Ici, l'orage a été nettement moins fort.

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  4. Bonjour Isabelle, ce que tu dis est très vrai. C’est ce que j’essayais d’expliquer à mon mari il y a peu de temps : depuis que je me suis mise en jardinage il y a 3-4 ans, je ne vois plus le temps pareil, et surtout je vis la période de l’hiver bien mieux ! En janvier février on peut déjà commencer à certains semis et se projeter sur de belles floraisons ! Début mars quand tout semble encore mort pour les autres, nous jardiniers guettons les premiers signes de reprise des vivaces et c’est le lancement officiel d’une nouvelle saison. En automne, c’est le "grand mercato" où je déplace / corrige mes massifs pour essayer de voir du mieux un prochain printemps.
    On fait sans cesse un bon dans le temps et pour moi cette projection est vraiment salvatrice à la mauvaise saison !
    Pour ce qui est des tulipes, c’est vrai qu’en mai juin on est tellement affairés à contempler l’apogée du jardin qu’on n’a peut être pas envie de penser à l’hiver et au printemps suivants 😂
    En tous cas j’utilise énormémznt la fonction recherche sur ta page facebook, et je sais que quand je serai dans ma période tulipe, je reviendrai sur tes articles à ce sujet... mais en effet il sera peut être trop tard à ce moment là !😁
    Bon dimanche
    PS: 3 nouveaux rosiers Foucart sont arrivés à la maison !

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  5. Pour ma part, j'ai un petit cahier où je note les tulipes pour l'année prochaine en fonction de ce que je vois chez toi (même si je ne commente pas toujours, je les mets sur ma to-do list), chez Monty (une association vue dans son jardin jaune) et, hier, j'ai reçu dans ma boîte mail une présentation de nouvelles tulipes chez Farmer Gracy qui m'ont tapé dans l'œil.
    Je pense déjà aux semis pour 2027 : des antirrhinums, des lisianthus et des callistephus chez Therapy of Flowers.
    C’est quelque chose que je ne faisais pas avant mais projeter son jardin l’année prochaine c’est une partie du jardinage que j’apprécie de plus en plus.
    Je note aussi ce que je dois déplacer cet automne et je cherche quelques arbustes à mettre à l'arrière des plates-bandes pour combler certains trous à planter en octobre.
    Pas trop de dégâts au jardin, mais quand même du boulot qui n'était pas prévu ce dimanche.

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  6. Bonjour Isabelle,
    Le jardin change avec le temps et en prévoir l'évolution devient vite obligatoire. J'apprécie justement votre magnifique blog, entre autre, pour cette raison.
    Dans mon document, je note la liste de mes achats, l'année, leur emplacement, comportement, ajouts souhaités, déplacement, division, etc...
    Comme les floraisons ici ont au moins trois semaines de décalage avec les vôtres, vos rétrospectives arrivent toujours au bon moment.
    Prévoir et planifier est plus que nécessaire, maintenant que je suis seule...
    Merci pour cette intéressante discussion.
    Bonne journée, ici grise, après celle, radieuse d'hier.

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  7. Bonjour Isabelle,
    Tu as complètement raison dans le fond, en matière de jardinage, il faudrait anticiper, se projeter,....Sauf qu avec nos modes de vie modernes , au-delà de l immediatete, on a tellement de choses à penser, planifier, ne pas oublier et surtout trouver du temps pour passer a l action. Je fonctionne aux to do lists, aux agendas y compris pour le jardin. Malgré tout il y a des loupés. Entre le travail, les contraintes personnelles, le quotidien, je ne me sens pas du tout le courage de gérer mon jardin avec la rigueur d un comptable ou alors il faudrait que les journées ne fassent pas que 24h. Du coup, je tape dans l urgence. Le jardin est ma bulle d oxygène, je n ai pas envie de d en faire une contrainte supplémentaire, il faut que cela reste un plaisir, c est pas grave si ce n est pas parfait. S’agissant de ton blog, j imagine qu on ne le consulte pas tous pour les mêmes raisons, on n y cherche pas forcément les mêmes choses. Personnellement, j aime bien tes photos, la passion qui t anime indéfectible et quand tes articles suivent le rythme du jardin et des saisons sauf dans le cas des rétrospectives, donc les tulipes en décalé j apprécie moins. Par contre de beaux asters a 2e, peu importe la saison, je me jette dessus!!
    Fatima

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    1. C'est parce que le jardin est pour toi un simple hobby, pas vraiement une passion. Les anglais s'y investissent beaucoup plus encore.
      Il fut une époque où je cumulais mes 5 écoles, conduire les enfants à leur sport-études à 30 km de chez moi, aller-retour deux fois par jour, à leurs entraînements de judo 3x/semaine à 1h20 de route, sans compter les compétitions à l'étranger au moins deux fois par mois. Je consacrais certes moins de temps au jardinage que maintenant que je suis retraitée mais j'y passais déjà le plus de temps possible.
      Par contre, pas de vacances, de cinémas, restos ou autres distractions. C'était mes choix et ça l'est encore plus maintenant. Cette semaine encore, un ami m'a invitée à aller voir son jardin et j'ai décliné car perdre une heure ou deux où je ne pourrais pas jardiner me frustrerait terriblement.
      Ne t'inquiète pas pour mes posts décalés, je continuerai à procéder comme ça car ce blog est aussi mon journal de bord à moi où je peux facilement retrouver des infos, un nom, des photos...
      Et si je suis très rigoureuse dans l'organisation des tâches à accomplir, c'est parce que c'est dans ma nature. Dans les domaines que j'aime, je voudrais pouvoir tout maîtriser afin de m'améliorer encore et encore.

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  8. Merci pour cette belle leçon de jardinage. Jardiner, c'est anticiper. Anticiper, c'est profiter des plantes au meilleur de leur floraison. Merci pour vos Dites- moi du Dimanche

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  9. On note les vivaces etc à déplacer sur un cahier pour le faire à l'automne , même le peu que j'ai acheté dans 2 fêtes des plantes est à l'ombre et arrosé et sera replanté cet automne ainsi les plantes s'installent doucement et sont + vigoureuses ! J'ai replanté seulement 1 rosier ce printemps il faut surveiller l'arrosage ... Les gens achétent en fleurs mais on peut comprendre vu les erreurs variétés, couleurs c'est pénible ! Personnellement j'anticipe beaucoup et acheter des asters en feuilles cela ne me géne pas au contraire ! Colette

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  10. Coucou il est vrai qu il faut réfléchir en permanence quelque soit la saison et anticiper
    Perso je note déjà ce que j ai envie de faire dans mon cahier en 2027
    Dommage que la roseraie soit loin j aurai investi dans tes asters il m en reste peu au jardin🙁 fany

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    1. Si tu passes en septembre, il devrait m'en rester quelques-uns. Rappelle-le moi avant de passer, je les préparerai.

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